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 Red red Satin

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Fei Long Liu
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Nombre de messages: 48
Date d'inscription: 18/09/2006

MessageSujet: Red red Satin   Sam 14 Avr - 15:12

Le soleil n’en finissait pas de se coucher sur les collines à l’ouest de la ville. Assis dans un immense fauteuil club, vêtu d’une longue tunique de soie blanche de coupe chinoise et d’un pantalon noir, le visage un peu tendu le jeune homme passa une main légèrement tremblante sur le côté gauche de son ventre.

« Asami…tu ne vas pas t’en tirer aussi facilement…" grinça t-il se parlant à lui-même.

Il passa une main fine et aristocratique dans sa longue chevelure noire dans laquelle dansaient des reflets bleus, repoussant quelques mèches indociles qui tombaient jusque sur son avant bras appuyé sur l’accoudoir du fauteuil.
Ses yeux dorés et mélancoliques se remplirent de tristesse à l’évocation du Japonais.

Il n’avait jamais comprit comment leur amitié naissante avait tourné en drame.
Enfin lui-même avait toujours été sincère dans cette affaire, mais Asami ?

Le Japonais était insaisissable et parfois il était insoutenable de cynisme et de machiavélisme.
Alors de là à croire qu’il l’avait utilisé, le pas n’était pas si difficile à faire après tout…

Un petit coup frappé à sa porte le tira de ses tristes pensées.
Tristes parce que entre cet homme pour qui il avait eu une tendre attirance et lui, il ne restait plus qu’une haine qui le rongeait un peu plus chaque jour.
Il n’avait pas toujours été Le Fei Long Liu que l’on connaissait aujourd’hui. Mais le fiel de la trahison avait brûlé son âme belle et passionnée.

Beaucoup disaient que ces évènements l’avaient révélé sous son vrai jour.
Peu savaient la souffrance qui était la sienne depuis ce jour où Asami lui avait tiré dessus et l’avait abandonné sans un mot. Il y avait sept ans de cela.

Nouveau coup à la porte.

« Entrez ! »

Un garde du corps entra avec un paquet oblong à la main. C’était une boite beige et dorée enveloppée de papier de soie crème nouée de satin rouge.

« Un livreur a amené ceci pour vous Maitre Fei Long. Le paquet ne contient rien de dangereux, nous l’avons vérifié »

Fei Long Liu, le leader de Pai-she resta les yeux dans le vague.

« Pose ça sur la table, je verrai plus tard… »

Il regarda à peine ce que le jeune homme posa sur la haute table de service en bois précieux.

De longues minutes passèrent avant qu’il se leva en faisant la grimace.
Quelle blessure le faisait souffrir le plus ?
La blessure morale ou bien la blessure physique ?

Il ouvrit lentement le paquet. Le papier de soie tomba jusqu’au sol avec lenteur, tanguant de droite à gauche.
Dans la grande boite rectangulaire il y avait un kimono.
D’une rare beauté.
Il le déplia avec un sourire et laissa le tissu soyeux reprendre forme entre ses mains avec un bruit velouté.

Une carte en tomba qu’il lu avec un autre sourire, beaucoup plus doux celui-ci.

Reposant la carte il enfila le kimono rouge sang fait de plusieurs épaisseurs de soie par-dessus sa chemise blanche.
Le dragon qui s’étalait sur le côté gauche, de l’épaule jusqu’à la pliure du genou semblait vivant. Les broderies de fils d’or et d’argent rehaussaient l’éclat de cet exquis travail.

Ce n’était plus un vêtement, c’était une œuvre d’art.

Il se rassit dans son fauteuil et les mains crispées sur les deux pans du kimono, il le referma frileusement.
Les ténèbres refermèrent leur ailes sur son âme torturée.

Il était tard.
Le Russe devait déjà dormir quand il se réveilla. Il se leva, péniblement cette fois, du profond fauteuil car il était complètement engourdi pour marcher jusqu’à sa chambre.

Sans ôter le kimono il s’allongea sur son lit et s’endormit aussitôt.


Fei Long Liu - Hong Kong


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Le coup de téléphone tant attendu arriva aux petites heures de l’aube. Le ciel était encore sombre. Le blond étira un bras marqué des plis du draps pour saisir le cellulaire traînant sur la minuscule table de chevet. Le Russe marmonna un « Oui, Mikhail à l’appareil » tout endormi en décrochant. C’était Fei Long. Le mafioso sentit un sourire doux étirer ses lèvres pâteuses.

"Allo? ...Comment dois je interprêter ce cadeau..."

Et on raccrocha immédiatement. Le son de la tonalité jaillit du combiné, agressant. Mikhail roula sur le dos en écartant le cellulaire de son oreille. Rêveur, il fixait le plafond avec à la fois mélancolie et joie. L’homme éteignit le petit appareil et murmura à lui-même :

« Comme un symbole de loyauté et d’adoration. Je ne te demanderai rien d’autre tant que tu ne seras pas prêt à me l’offrir. »


Mikhail Arbatov - Hong Kong

***

Un soleil étincelant se répercutait sur la neige sibérienne. Le train filait dans le décor pittoresque sans bruit. La flore de moins en moins présente défilait par les fenêtres glacées. Calé dans son banc, le Russe regardait le paysage de son pays. Un paysage si froid, si glacial et si magnifique ; tout comme le mystérieux voyageur qui logeait dans la cabine en face de la sienne. Un superbe chinois aux cheveux longs toujours accompagné d’un gamin et des quelques gardes du corps. Il devait être un homme important.

Le blond sirota son café amer qu’une charmante hôtesse lui avait apporté quelques minutes plus tôt. Un murmure s’éleva parmi les passagers lorsque la porte du wagon s’ouvrit. L’homme assis se retourna pour voir passer le mystérieux asiatique vêtu d’un long manteau de fourrure (synthétique ^^). Mikhail sourit et reprit sa contemplation de l’extérieur. Son cadeau avait été bien pris. Peut-être devrait-il entamer une séduction plus sérieuse. Il lui restait quatre jours avant la fin du trajet et leur arrivée à Moscou. L’inconnu en valait la peine, aussi influent soit-il.

Le mafioso se tourna pour saluer le Chinois assis à quelques bancs de lui. Il lui adressa un sourire charmeur et leva sa tasse en signe de salutation. Cette chasse à l’homme serait très intéressante . . .


Mikhail Arbatov - Hong Kong - Flashbacks d'un voyage en Transibérien.

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Derrière les paupières closes de l’homme ensommeillé, le souvenir de sa première rencontre avec Fei Long se répétait en boucle. La scène n’avait duré que deux minutes. Ils se connaissaient depuis si longtemps déjà. Le blond alluma de nouveau son cellulaire et recomposa le dernier numéro enregistré dans la mémoire informatisée. On décrocha au bout d’un moment.

« Je te l’offre en guise de preuves de mes sentiments envers toi. La beauté de ce kimono ne rivalise même pas la tienne, Fei Long. Tu mérites que l'on t'aime . . ." exprima-t-il d’une voix mâchonnée et hésitante.

Mikhail Arbatov - Hong Kong


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Le long corps de Fei tout habillé de rouge sanglant tourna et retourna sur le lit, son visage qui semblait tout droit sortir d’un manga pour jeunes filles en mal d’érotisme flou crispé par quelque mauvais rêve qu’il devait faire.

Il sursauta quand le cellulaire vibra à côté de lui, tout à côté.
C’était une heure de la nuit où la limite entre le sommeil et la réalité était très confuse. Trop confuse même sans doute.

Il tacha de se concentrer mais dans le noir complet de la pièce tout l’attirait vers les profondeurs du repos dont il venait d’être tiré. Sa main chercha mollement l’appareil au milieu des draps froissés.

« Hmm…Fei Long Liu… »

Je te l’offre en guise de preuves de mes sentiments envers toi. La beauté de ce kimono ne rivalise même pas avec la tienne, Fei Long. Tu mérites que l'on t'aime. . .

La phrase le laissa sans voix un moment. Il n’était pas certain de reconnaître qui était à l’autre bout du fil. Mikhail Arbatov… ? Etait ce bien lui ?

« Mikhail ? » demanda t-il d’une voix rendue douce par le sommeil.

Il laissa passer quelques secondes.

« tu es seul ? Le kimono…il me va bien… »

Le jeune chinois bailla avec grâce et caressa l’étoffe si soyeuse du vêtement du bout de ses longs doigts.
Doux…si doux… Quelle sensation exquise. Comme ce devait être affolant de porter un tel vêtement directement sur sa peau nue…

Il avait déjà porté des kimonos à la texture exceptionnelle mais comme celui-ci jamais.
Il regrettait d’être trop fatigué pour ne pas faire ce que ses sens lui demandaient…

« sa texture est si….fine…si soyeuse…comme la plus douce des peaux… L’as-tu touché avant ? «

Il respira profondément.

« tes sentiments envers moi… »
Il eu un petit rire comme si ce mot dans la bouche du Russe était drôle.

« est ce bien là le mot qui convient… ? » souffla t-il.



Fei Long Liu - Hong Kong

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La voix douce du Chinois semblait guère certaine de son identité. Quelques secondes passèrent, silencieuses. Puis, Fei lui parla du kimono. Arbatov ne doutait guère que le vêtement habillait à la perfection son nouveau propriétaire. Au fond, il en était on ne peu plus satisfait. Il l’avait choisi spécialement dans ce but.

« J’en suis heureux, Fei. J’étais certain qu’il te plairait. »

Nouvel instant de silence qui dura à peine une fraction de seconde. Seuls le souffle régulier du Russe se faisait entendre. Il imagina son interlocuteur étendu dans le kimono rouge. Une véritable délectation pour l’homme d’affaires.

« Oui, j’ai effleuré le tissu lorsque je l’ai mis dans la boîte. »

* Mais je me dis que ta peau doit être encore plus douce que sa texture. *

Cette pensée flotta l’espace d’un instant dans le mental brumeux de Mikhail. Le prochain commentaire, cependant, poussa l’homme à se reprendre. L’incertitude que ressentait Fei Long face à ses sentiments le déstabilisa.

« Tu ne me crois pas ? Tu sais, il arrive qu’on aime une certaine personne pour ce qu’elle dissimule et non pour l’image qu’elle dévoile aux autres, murmura-t-il d’un ton doux. »

Le blond s’interrompit un moment, le temps que son interlocuteur assimile ses paroles.


« Tu as déjà connu des gens comme ça, que l’on a aimé au point de ne pas voir la vérité ? Qu’on a aimé d’un amour aveugle ? »



Mikhail Arbatov - Hong Kong



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Fei ouvrit les yeux dans la pénombre. Oui il savait ce que cela signifiait d’aimer quelqu’un comme un aveugle, comme un sourd, comme un fou.
Il connaissait surtout le prix à payer.

Asami lui avait fait payer cher sa faiblesse et les sentiments qu’il avait nourris pour lui.
Cher.
Des mois d’hôpital et sept ans de prison. ..

Peu à peu ce qui, il le craignait, était de l’amour s’était changé en mépris et puis en haine.

Mais ne disait on pas qu’il n’y avait pas de sentiments plus proches que la haine et l’amour ?

« Oui j’ai connu des gens comme ça… » dit il lentement.
« Une personne en particulier. »

Le Russe savait très probablement de qui il parlait.
Il ne pouvait pas ne pas savoir.

Le Japonais pesait sur sa vie comme une enclume et rien ni personne ne pourrait changer cela.

Il effleura le bout de la manche du kimono..

« Je suis seul, personne avec qui partager la joie de le contempler…le kimono…Si tu savais comme c’est frustrant »

Il roula sur le lit , souple et lascif comme un grand chat dans un crissement suave de soie et de satin.

« Mais nous avons tous nos problèmes…n’est ce pas Mikhail… »



Fei Long Liu - Hong Kong


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FeiLong dessina du bout de l’index des caractères invisibles sur les draps de satin de son grand lit.
Il n’était pas certain d’avoir bien entendu. Ces heures tardives de la nuit enroulaient les esprits de voiles vaporeux ou de brumes épaisses.

« M’aider…m’aider. M’aider à tomber plus vite, c’est ce que tu veux dire ou bien… »

Asami était reparti en lui laissant une balle dans le ventre. Comme il avait quitté Hong Kong il y avait sept ans de cela après lui avoir tiré une balle en pleine poitrine.

Le Russe n’était pas très différent.
C’était un loup parmi les loups, un grand chef de meute, un alpha.

Jusqu’où pouvait il croire les mots que le grand loup disait…
Il tombait de sommeil. Il entendit à peine Mikhail Arbatov lui souhaiter bonne nuit d’une voix aussi ensommeillée que la sienne. Ses lèvres tentèrent de répondre mais ce fut juste un soupir qui leur échappa. Sa main s’ouvrit mollement sur le téléphone qui tomba par terre.



Une autre nuit et toujours cette solitude pesante qui était le prix qu’il s’était fixé. Lourd, lourd tribut mais en qui pourrait il avoir suffisamment confiance pour lui faire cadeau de ses moments d’abandon ? Alors il les offrait à la nuit, car elle seule savait.

Pas de rêve pour brûler ses yeux de larmes. Le matin le trouva allongé en travers du lit, longue et merveilleuse poupée vêtue de satin rouge, de noir et de blanc. Quelques mèches de cheveux noirs de jais cascadaient du lit jusque sur le parquet en bois précieux..

Un petit garçon vêtu à la mode chinoise entra et vint s’asseoir sur le bord du lit.

Maitre Fei ?...Maître Fei ?

Un grognement étouffé fut la seule réponse tandis que le long corps svelte se redressait lentement.

Je suis réveillé Tao… dit la voix douce et lasse.

Le petit s’éloigna pour ouvrir les stores de lin blanc cassé.

Vous n’avez pas trop mal Maître Fei ? s’enquit le gamin l’air réellement soucieux.

Hochement de tête, pincement de lèvres , froncement de sourcils.

Le petit paru triste à cette réponse muette.

« Je vais chercher vos médicaments, après vous n’aurez plus mal.. »

Fei Long passa une main nerveuse dans ses cheveux décoiffés. Seul le kimono était la preuve qu’il n’avait pas rêvé la conversation de la nuit qui venait de s’achever.
Mikhail Arbatov avait dit qu’il aimerait prendre soin de lui. La dernière fois qu’il avait baissé sa garde, sa vie avait été ruinée.

Il lui avait fallu des années pour se reconstruire.
Et ces sept années passées derrière les barreaux avaient endurci son cœur. Ou bien , avaient elles déposé dessus plusieurs épaisseurs d’une cuirasse faite de mépris, d’indifférence, de froideur et de férocité.

Le Russe était tout de même un membre éminent de l’une des mafias les plus barbares du monde. Les membres de Triades étaient de petits enfants comparés aux Russes.
Tout résistance, toute désobéissance était impitoyablement broyée, laminée. Tout le monde y passait, hommes, femmes, enfants.

Et c’était un homme comme ça qui l’assurait de son affection… ?
Arbatov était à n’en pas douter un homme qu’il était préférable de compter parmi ses amis que parmi ses ennemis.


Le petit garçon battit des mains.

« Oh Maître Fei Long, je n’avais jamais vu de kimono aussi beau…Comme il vous va bien !"


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