Le petit groupe ne passa pas vraiment inapercu même si la gare de Moscou étaient plein à cette heure du jour.
Etait ce du au saisissant contraste entre les trois malabars en costume sombre et le gracieux gamin emmitouflé dans une doudoune d’un rouge pétard ou bien était tout simplement la vue du dernier membre du groupe qui faisait se retourner les badauds sur lui.
Un bon mètre d’une chevelure d’un noir d’encre qui cascadait sur un manteau d’épais cachemire noir. Au milieu de cette chevelure un visage si fin qu’il donnait l’impression d’avoir été modelé sur mesure par un esthète en quête de la beauté ultime. Des prunelles d’un marron si clair qu’ils étaient dorés, mobiles, fiévreuses. De dessous le manteau de laine dépassait un vêtement de coupe résolument chinoise dans des teintes de bleu.Il avait une telle prestance noyée de fluidité qu'on pouvait croire qu'il venait de tomber de la première page d'un magazine de mode.
Peut être était ce aussi de voir des chinois si grands. Et quatre à la fois en plus de cela. Sans doute des Chinois de Mongolie se disaient les voyageurs qu’ils croisaient.
Fei Long Liu, la tête belle et bien pleine de la mafia Chinoise de HOng Kong avait besoin de prendre l'air, d'oublier.
Depuis qu’il était sorti de prison, il n’avait pas eu de vie autre que celle entièrement dévouée à Pai-She. Des jours sans lumière et des nuits sans sommeil, voilà ce qu’avait été son existence. Il avait mis en place les différentes étapes d’un scénario destiné à le venger d’Asami.Mais il ne parvenait pas à chasser Asami de ses pensées.
Les mois passés avaient rudement éprouvé son physique mais aussi son mental et la quinzaine de jours qu’il avait prit la sage décision de s’octroyer en marge, tant que faire se pouvait, de la gestion de ses affaires ne pourraient que lui être bénéfiques.
Il n’espérait pas qu’ils soient suffisant pour refermer la plaie que le Japonais avait laissée, béante, en lui mais au moins ils lui donneraient une impression de liberté dont il avait un besoin vital.
Au tout dernier moment il avait choisi d’emmener Tao qui avait su au fil des jours se rendre indispensable par ce qu’il lui procurait de fraîcheur et d’innocence. Trois gardes du corps avaient fait le voyage jusqu’en Russie dont un qui ne prendrait pas le train avec eux mais le tracerait par la route avec un véhicule adéquat en cas de besoin.
Le leader de Pai-She ne laissait jamais rien au hasard. Car le hasard, il fallait bien le reconnaître n’avait jamais été son ami et aussi parce que la vie lui avait apprit à être prudent.
Pour que le voyage de Moscou à Vladivostok soit parfait et confortable dans un train qui n’était pas vraiment le haut du panier en matière de luxe, Fei Long avait fait réserver quatre cabines de première classe.
Et des chambres luxueuses dans les meilleurs hôtels de chaque ville où il avait l’intention de faire étape. Et surtout il comptait passer deux jours au Lac Baikal dont la beauté sauvage lui avait été vantée.
Il croisait les autres gens sans les voir, comme si pour lui ils n’étaient que des éléments intemporels du décor.
Anonymes et même transparents.
Un employé du Transsibérien vint à la rencontre de leur petit groupe, souriant à peine et gardant un air emprunté pour les guider vers leurs cabines.
Le Chinois fit installer Tao et les deux gardes du corps dans les deux cabines jouxtant la sienne , se réservant la dernière pour en faire son salon.
Il aimait être à son aise même s’il se sentait capable de se passer du luxe minimum pendant quelques heures par jour.
Après tout, durant les sept années qu’il avait passées en prison, on ne lui avait pas changé ses draps tous les jours pas plus qu’on ne lui avait servi des mets raffinés à chaque repas…