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 N'oubliez jamais...

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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: N'oubliez jamais...   Mer 11 Oct - 11:54

Les deux jeunes femmes assises à la terrasse chaufée du bar américain se poussèrent du coude quand la Dodge Viper noire mat coûteusement équipée se gara deux roues sur le trottoir et deux sur la chaussée. Il faisait déjà sombre mais les phares en forme d'yeux de reptile éclairaient loin devant et il était difficile de ne pas remarquer l'arrogante voiture de sport.
Son conducteur coupa la musique et se glissa avec une grâce calculée hors de l'habitacle réduit à sa plus simple expression. Un sourire très doux, presque timide alluma son visage aux traits d'une exquise finesse, quasiment féminins quand il s'effaça poliment pour laisser passer deux vieilles dames qui l'en remercièrent en minaudant.

Dix minutes plus tard alors qu'il sirotait un chocolat liégois recouvert de crème chantilly ontueuse saupoudrée de petits grains de chocolat canelisés, les deux charmantes mamouchkas parlaient encore delui en termes élogieux.
Le bar était encore plein malgré l'heureavancée dans l'après midi, heure où d'ordinaire les gens de St Petersbourg rentraient chez eux pour préparer le diner.. Le "Lès Boys" était le répère incontournable de la jet set gay et lesbienne de cette ville très animée. Blotti dans une petite rue pas très loin de l'université Leibniz, il attirait du monde en permanence.
Valerian Ivdenievitch Sakharin y venait souvent parce que l'ambiance lui plaisait mais aussi parce que c'était l'endroit où il était de bon ton de se montrer aussi souvent que possible. Montrer sa dernière voiture, sa dernière conquête ou bien parler de tout et de rien. L'essentiel c'était de paraître.
C'était là qu'il rencontrait les gens superficiels et légers qui lui servaient de devanture, d'alibi. Il venait donc là pour se montrer, allumer des étincelles dans quelques paires d'yeux, murmurer de suaves mots à quelques oreilles attentives et serrer des mains.

Son terrain de chasse pour des jeux moins puérils, ou moins sérieux, selon comment l'on perçevait cette parade quasi rituelle se situait dans des quartiers bien moins selects.
Dans des lieux où il était anonyme tant que faire se pouvait car sa photo faisait fréquement la une de la presse locale. UNe fumerie d'opium et son club de massage adjaçent, un restaurant grec et un autre finois, deux clubs dont l'un recevait régulièrement des groupes locaux. Là était son univers. Pas forcément le dessus dupanier, la crème des crèmes mais c'était là qu'il se trouvait bien quand il était à St Pétersbourg.

Il quitta le "Lès Boys" deux heures plus tard, la sensation de devoir accompli, comme toujours.Un rapide passage chez lui pour se fringuer de vêtements moins coûteux et plus confortable, échanger la Viper contre la parfaite réplique du Général Lee des cousins de Hazard .

En chemin il songea àson action de la veille. Arbatov devait certainement penser que c'était lui qui était visé dans l'explosion de sa Mercédès. Il se trompait sur toute la ligne. C'était Shane qu'il visait. Et l'acte était plus destiné à faire peur qu'à tuer. Juste pour que ces deux salopards comprenent qu'il les tenait. Qu(il en finirait le jour, l'heure , la minute de SON choix. Et ce choix se portait sur la date aniversaire de la mort de ses parents.
Personne ne remonterait jusqu'à lui puisque la fille qui s'était fait embaucher comme hotesse il y avait un mois de cela ignorait tout de son identité.
Il était certain qu'Arbatov et ses hommes de main la torureraient si jamais ils remettaient la main dessus mais elle ne leur apprendrait rien. Il agissait toujours ainsi et même s'il regrettait le sort funeste que connaissaient parfois ceux avec qui il traitait, il s'en accomodait.
Celui qui avait dit que "la fin voulait les moyens" n'était pas un imbécile.
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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Lun 6 Nov - 17:59

Il avait reçu un coup de fil dans l’après midi lui annoncant l’arrivée d’amis de ses parents pour le lendemain matin.
Il avait renoncé à se coucher trop tard dans la nuit et avait opté pour l’option « ne pas se coucher du tout » qui présentait l’avantage de lui épargner les soixante kilomètres qui séparaient l’aéroport de sa résidence. L’avion arrivait à huit heures trente et cette heure matinale lui permettrait de sortir du club, de passer se faire faire un massage revigorant afin d’être fin prêt pour acceuillir les Qwan à leur descente de l’avion en provenance de France.

Il avait donc parfaitement tout prévu sauf qu’il allait s’endormir entre les mains, au demeurant fort habiles du masseur nouvellement embauché par l’établissement.
Un eurasien qui devait avoir entre vingt cinq et trente ans à la beauté ravageuse (qui d’ailleurs l’avait ravagé) et dont les mains n’étaient pas le seul outil de travail. C’était du reste le cas de la plupart des masseurs, mâles ou femelles travaillant là.
Il s’était réveillé contre la peau lisse du beau brun, sa main droite encore un peu collante bien qu’il se souvint parfaitement avoir été essuyé au moins deux fois.
Le courage avait du leur manquer pour un troisième nettoyage. Par chance ses vêtements étaient étalés avec soin et seule une bonne douche froide s’imposait.

C’était lapremière fois qu’il couchait avec un asiatique et il se promettait bien de recommencer à la première occasion. Le clone de général Lee démarra avec un agréable bruit de V8 il était huit heures moins cinq. Donc il était en retard.

Ce fut un Valérian Ivdenievitch Sakhalin très en retard qui traversa le grand hall des arrivées sans vraiment regarder autre chose que le panneau qui annonçait que le vol en provenance de Paris était arrivé à l’heure et ses passagers débarqués depuis plus de vingt minutes.

Le passager qu’il heurta ne devait pas faire très attention non plus ou bien cela avait il été totalement de sa faute ? Bref il se retrouvait face à un homme plutôt grand, portant un complet très bien coupé de couleur sombre dont il n’aurait pas pu dire s’il était chinois, japonais ou coréen d’origine. La seule chose dont il était capable de juger pour le moment, c'était que l'homme alliait une classe folle à une sensualité que même un aveugle aurait vue.
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Ryuichi
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Mar 5 Déc - 4:52

Saint-Pétersbourg, la Venise du Nord. Asami s’y était rendu à quelques reprises depuis la chute de l’Union Soviétique. Il avait alors trouvé une ville défigurée par les bâtisses de béton de l’ère communiste, mais également une cité qui n’attendait que le moment propice pour reconquérir sa gloire d’antan. Il aurait été tout bonnement stupide de fermer les yeux sur les opportunités qu’offrait la Russie nouvellement ouverte aux joies du capitalisme sauvage. La mafia s’en était d’ailleurs donnée à cœur joie…

Le prétexte officiel de la venue du Japonais dans l’ancienne Léningrad était une rencontre d’affaires avec le propriétaire d’une chaîne de boîtes de nuit pleine de promesse. En échange de généreux investissements, l’homme s’engagerait de n’offrir que la drogue fournie par son collaborateur, ce qui permettrait au yakuza d’étendre son influence jusqu’en territoire étranger ainsi que de disposer d’yeux et d’oreilles loyaux jusqu’en Occident. On ne s’emparait pas d’un marché aussi vaste immédiatement. Il fallait procéder avec patience et méthode, deux qualités qu’il possédait lorsqu’on en venait à la vengeance.

Car, la raison officieuse qui l’avait emmené jusqu’ici était d’établir un contact avec la pègre locale avec, pour but ultime, de faire tomber Mikhail Arbatov. Les activités criminelles de celui-ci n’empiétaient en rien sur celles d’Asami. C’était plutôt son intérêt trop marqué pour Fei Long Liu qui avait fini par attirer l’ire de l’homme d’affaires, qui comptait bien faire d’une pierre deux coups en renversant le Russe et portant ainsi un coup à son meilleur ennemi. Il lui apprendrait de cette façon qu’on ne touchait pas à sa propriété sans encourir de conséquences…

Un coup d’œil à sa Rolex lui indiqua qu’il jouissait de plusieurs heures de temps libre avant de devoir se rendre au rendez-vous, fixé à plus tard dans la soirée. L’oisiveté ne s’accordant pas au caractère impétueux du Japonais, il partit bien vite en quête d’une occupation digne d’intérêt. Cette occupation se présenta bientôt sous la forme d’un jeune homme tout simplement délicieux en train de consulter le panneau des départs et des arrivées.

Le yakuza retrouva ses lèvres dans un sourire entendu. Pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable? Ne devait-il pas « établir un contact » avec la population locale? Y avait-il moyen plus indiqué pour réaliser cet objectif? Faisant signe à ses gardes du corps, en retrait derrière comme devant lui, de s’éclipser avec leur discrétion habituelle, il se dirigea tout droit avec sa cible.

C’était sans doute l’astuce la plus éculée de toute l’histoire de la séduction. Elle n’en demeurait pas moins efficace pour attirer l’attention de façon instantanée et, par la suite, démontrer ses bonnes manières. Quoiqu’il en soit, Asami laissait rarement les choses au hasard, surtout lorsqu’il s’agissait de faire main mise sur une proie aussi exquise que celle qui se trouvait devant lui. S’inclinant respectueusement devant la dite proie, il se redressa avec lenteur, ses yeux sombres caressant la silhouette élancée puis, les traits fins de son interlocuteur.


« Toutes mes excuses, Monsieur, » énonça-t-il de sa voix grave, aussi flatteuse que son regard.

Prenant les devants avant que le jeune homme ne prenne son congé, il tendit sa main pour imiter les coutumes des Occidentaux.


« Ryuichi Asami, enchanté de faire votre connaissance, s’introduisit-il avec un sourire charmeur. Si vous n’avez aucun vol à prendre ou parent à accueillir, permettez-moi de réparer ma faute… »
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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Mer 6 Déc - 20:04

Il fallait qu’il regarde les choses en face. Il était déjà très en retard et se devait de conduire les Kwang chez lui. Il y avait gros à parier qu’ils souhaiteraient aller se recueillir devant le mausolée de ses parents comme ils avaient l’habitude de le faire. Les deux couples avaient été très proches. Ses parents contrairement à lui tissaient volontiers des liens d’amitié. A son grand regret il en était incapable. C’était probablement du à son mode de vie même si c’était sans doute l’excuse la plus stupide depuis la raison invoquée pour le déclenchement de la première guerre mondiale.
Il ne faisait pas bon être trop proche de lui. C’était vrai.
Il était très en retard donc mais ses résolutions de la nuit passée trouvaient en cet homme séduisant à l’anglais impeccable un moyen de s’extérioriser pleinement.
Il ne pouvait pas se monter discourtois et faire honte aux traditions de l’hospitalité en vigueur dans la belle ville des Tsars en déclinant l’aimable invitation de ce Ryuichi Asami si désireux de faire amende honorable pour l’avoir bousculé.

- Valerian Sergei. Soyez le bienvenu à Saint Petersbourg dont tous les habitants ne sont heureusement pas aussi distraits que je ne le suis moi-même . dit il en Japonais, inclinant élégamment le buste en avant tandis que sa main serrait celle du voyageur.
C’était devenu chez lui une habitude quasi maladive que de mentir sur son patronyme. Il trouverait une excuse bien tournée si toutefois cet homme si physiquement attrayant parvenait par quelque moyen à s’apercevoir qu’il avait triché.

- Je dois accueillir des amis qui viennent pour quelques jours et je suis déjà très en retard. Si la réparation de votre faute tenait en un verre ou une invitation à un brunch j’ai peur d’être obligé de vous laisser vivre dans le déshonneur jusqu’à ce soir. Il batti imperceptiblement des paumières et une lumière malicieuse éclaira ses yeux gris.
- Par contre, si vous pensez parvenir à survivre jusqu’à ce soir, je me ferais une joie d’accepter une invitation à dîner. Saint Peterbourg est une ville pleine de surprises …Je me ferait votre guide pour vous les faire découvrir. Si l’autre acceptait, il était certain ou presque de passer une soirée, peut-être même une nuit inoubliable. Ce type avait tout pour lui et encore, il ne voyait pas tout. Il ne faisait que se régaler à imaginer.

Au loin il aperçu Yang-Yu Kwan qui lui faisait de grands signes en sautillant dans ses escarpins Gucchi.
Il allait devoir écourter la conversation. Il aimait beaucoup les Kwan mais leur attrait fondait comme neige au soleil comparé au charisme envoûtant de cet homme. Nul doute qu’il passerait le restant de la journée à se repasser au ralenti la mâle perfection de ses traits et sa classe insupportable.
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Ryuichi
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Sam 9 Déc - 6:11

Ce Valerian Sergei était définitivement plein de promesses. Asami avait pris pour habitude d’aborder tout gaijin en anglais, passe-partout utile pour se faire comprendre autour du monde. Il fut donc agréablement surpris d’obtenir une réponse de la part de son interlocuteur dans sa langue maternelle. Ses inflexions étaient parfaites, si ce n’était de cette charmante façon de rouler ses « r » à la russe. Amusé par la vivacité d’esprit du jeune homme, il répliqua à ces souhaits de bienvenu assez inhabituels de sa voix veloutée :

« Soyez indulgent avec cette distraction qui, après tout, m’a permis de faire votre rencontre, Monsieur Sergei. »

Lorsque le Japonais essuyait un refus, son intérêt pour l’objet de ses avances était inévitablement décuplé. Qu’on lui offre un tant soit peu de résistance lui plaisait, comme rien ne lui paraissait aussi amusant que de charmer ou contraindre, plier une volonté à la sienne ou séduire bon gré, mal gré. Il n’aurait visiblement pas à agir de la sorte avec le blond, qui reportait avec une touche d’humour la « réparation de sa faute ». Proposée d’une si gracieuse façon, son invitation était impossible à décliner. Le yakuza était impatient de « découvrir » les « surprises » qu’avait à offrir Saint-Pétersbourg grâce à son séduisant « guide ».

« Je réside à l’Hôtel Astoria pour les prochains jours. Demandez la suite Rachmaninov, » l'informa-t-il, d’un ton courtois.

Une nouvelle révérence et, de nouveau, ses yeux dévoraient le visage de son interlocuteur pour finalement se plonger dans les prunelles grises à la lueur taquine.


« J’espère de tout cœur vous revoir, Monsieur Sergei, sans quoi je serais obligé de faire seppuku… »

Cédant le passage au jeune Russe, l’homme d’affaires le suivit du regard jusqu’à ce que celui-ci ait rejoint une nymphette à talons hauts. Il ne fut cependant pas abusé par cette vision. Il ne se trompait jamais dans ce domaine. Tirant son cellulaire hors de la poche de son veston, il composa rapidement le numéro de son secrétaire particulier, demeuré à Tokyo.

« Kimura. Trouve-moi immédiatement plus d’informations sur ce Valerian Sergei. »

Une pause qui dura à peine quelques secondes, le temps qu’il lui fallait pour réfléchir à son horaire. Son rendez-vous avec Evseyev était anciennement prévu pour le soir même. Il lui fallait réserver sa nuit à sa nouvelle connaissance. Y ajouter quelques heures le matin, incluant le moment où on se prélassait indéfiniment dans le lit, les activités ludiques qui le succédaient, le petit déjeuner servi sur un plateau d’argent, la toilette commune… Il pouvait sans doute se permettre de s’accorder un après-midi libre. Si jamais son invité venait à le quitter prématurément, il y aurait certainement moyen de lui trouver remplaçant dans cette ville apparemment pleine d’opportunités. Un hochement de tête imperceptible marqua son approbation. Une journée entière serait sans doute suffisante.

« Annule la rencontre avec Evseyev. Reporte-la à dans deux jours. Offre-lui une prime pour le faire patienter. »

Il n’y avait pas à se tromper : du sang bleu coulait dans ces veines ou il ne savait plus distinguer les aristocrates des nouveaux riches. Son flair lui faisait rarement défaut. Les descendants de familles illustres possédaient un raffinement presque inné, comme si leurs aïeux leur avaient transmis leur capacité à déterminer les bons crus des vins de piètre qualité, les pierres précieuses de la pacotille. Des séjours sur la Riviera lui avait faire acquérir une certaine expérience en la matière. Il sourit intérieurement en se remémorant quelques souvenirs mémorables passés en la compagnie du petit de Villiers, délicieusement blasé, ou encore de l’héritier d’Ornano et ses réceptions toujours fastueuses.

Il y avait fort à parier que Valerian Sergei demeurerait lui aussi gravé dans sa mémoire pour les années à suivre, s’il continuait à se faire aussi irrésistible…
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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Mar 12 Déc - 20:39

Valerian avait sourit à la mention de l’improbable seppuku que le japonais prétendait se donner s’ils devaient ne pas se revoir. Il semblait évident qu’un brin d’humour, quelques sous entendus et une certaine classe seraient de mise entre eux.
La suite Rachmaninov à l’Astoria…Eh bien la misère et la dèche ne marchaient pas dans le sillage de cet homme raffiné et sur de lui.
Ce n’était d’ailleurs pas pour déplaire au jeune Russe qui du néanmoins se concentrer sur ses invités. Les Kwan avaient passé la soixantaine mais Han était très vert et s’il parlait avec lui de sa probable virée nocturne dans les quartiers chauds de la ville, il risquait fort de devoir supporter sa présence.
Et ça, ça n’allait pas être possible.
Par chance, ils arrivaient de Paris où ils avaient écumé, surtout lui, les endroits à la mode (comprendre chauds) de la capitale française et lorsque la soirée tira à sa fin, ils manifestèrent le désir de se retirer de bonne heure.
Il les installa dans la chambre qu’ils occupaient déjà lors de leurs visites nombreuses à ses parents et se retira dans son loft.
Quelques instants plus tard, affalé au bord de la piscine chauffée, seulement vêtu d’un peignoir d’un blanc immaculé, sirotant un grand verre de lait orgeat accompagné de petits beignets saupoudrés de sucre glace, l’héritier de l’empire Sakhalin composait le numéro de téléphone de l’hôtel Astoria et demandait d’une voix aimable la suite Rachmaninov.
Il était à peine 18h00 mais il savait que les Japonais aimaient dîner tôt. Un nombre incalculable de fois le noctambule acharné qu’il était s’était vu fort poliement refuser l’accès d’un restaurant au pays du Soleil Levant car il arrivait bien après 21h00.
Peut-être aurait-il la chance que le samouraï de l’aéroport soit déjà revenu dans sa chambre d’hôtel…

Il ne se demandait pas par quoi ils devraient commencer la soirée. Un bon repas, Russe cela allait de soi puis peut-être une promenade sur les bords de la Neva, histoire de digérer les mets succulents mais un peu lourds à digérer qui composaient les grands menus Russes. Trop de caviar finissait par peser sur l’estomac et il n’était pas souhaitable que l’élégant Japonais fut indisposé, même légèrement pour la suite de Saint Petersbourg by night…
Ce serait vraiment, mais alors vraiment dommage.
Ensuite il ferait des propositions et verrait bien comment elles seraient accueillies.

Le téléphone sonna trois ou quatre fois avant qu’une voix mâle, douce et envoutante ne lui répondit.

« Je vois avec plaisir Asami-san que vous avez remis à plus tard cette sombre perspective de passer de vie à trépas. Mais pardonnez ma curiosité. Avec quoi comptiez vous laver votre honneur dans le sang et les boyaux ? Emmenez vous toujours avec vous une arme adéquate pour le cas où vous auriez à faire seppuku ? «
Il termina sa phrase sur une note bien plus légère et un rire presque juvénile.

« Etes vous prêt à plonger dans le deshonneur en ma compagnie Asami –san ? Il y a fort à faire à Saint Petersbourg en vérité. »

La phrase était à double tranchant mais il était certain que le japonais en avait saisit toute la subtilité.
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Ryuichi
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Ven 29 Déc - 5:22

L’après-midi avait été dédié à mettre en place les premiers fondements de la pièce qui se jouerait bientôt sur la scène russe. Asami avait déjà une distribution précise en tête, il ne lui manquait que quelques acteurs de plus à dénicher sur place. Il n’avait jamais orchestré une opération de cette envergure, encore moins dans un territoire qui lui était étranger, mais il ne craignait pas d’échouer. Ses projets précédents n’avaient que rarement été motivés par un moteur aussi puissant que la vengeance… ou l’amour. À cette époque, cependant, il ne possédait pas les moyens qu’il détenait aujourd’hui. Sans influence, sans le moindre sou, ce n’était que grâce à sa propre détermination qu’il était parvenu à son but. Sa tâche serait-elle facilitée par l’empire tentaculaire qu’il dirigeait désormais? Au contraire, serait-elle entravée par tous ces détails qui lui échapperaient inévitablement en raison de l’ambition de son entreprise? Qui vivrait verrait.

En attendant le dénouement final de toutes ses manœuvres, le yakuza reconduisit son visiteur jusqu’à la porte de sa luxueuse suite. Celui-ci l’assura de sa loyauté indéfectible en rougissant légèrement, ses démonstrations d’affection reçues avec un sourire indulgent de la part du Japonais. Ce n’était ni la première, ni la dernière fois qu’on lui tenait un discours de la sorte et toujours, son credo de détachement émotionnel demeurait en vigueur, malgré les supplications les plus larmoyantes ou les menaces les plus virulentes.

La satisfaction d’avoir débuté à planter le décor de sa représentation n’arrivait pas à combler le fait que ses hommes, à l’habitude si efficaces, n’aient pu dégoter d’information à propos de Valerian Sergei. Le businessman aimait savoir à qu’il avait à faire, des erreurs du passé lui ayant appris à n’accorder sa confiance à quiconque, encore moins à d’attrayants jeunes hommes. Cette absence de renseignements tangibles piquait sa curiosité et le laissait pensif quant à la véritable identité de son interlocuteur de l’aéroport. Des Valerian Sergei, il y en avait trop pour qu’on puisse tous les recenser. Ce pouvait-il qu’on ait cherché à brouiller les pistes en fournissant un nom pastiche? Ou bien devenait-il trop suspicieux, voire paranoïaque? Il avait orienté les recherches sur la description physique de sa nouvelle connaissance. Peut-être se prouveraient-elles plus fructueuses…

La sonnerie du téléphone le tira hors de ses pensées. Traversant la pièce à grandes enjambées, il décrocha le combiné pour entendre la voix on ne peut plus agréable du mystérieux Valerian Sergei. Ses piques taquines le firent sourire et il se prêta volontiers au jeu :


« Je possède une collection de katanas anciens. J’en emporte toujours quelques-uns avec moi pour me rappeler ma terre natale. Je serais heureux de vous montrer la pièce la plus rare de ma collection. Ne craignez rien, je ne la tire hors de son fourreau qu’à des fins de divertissement, » laissa-t-il tomber avec une pointe d’ironie.

Distraitement, il inscrivit une note à adressée à Kimura. Il lui faudrait trouver les dits katanas dans sa suite, à son retour de son escapade avec son séduisant guide. Cela apporterait un côté pittoresque, voire exotique à son personnage de digne représentant du Pays du Soleil Levant.


« Je sacrifierai l’honneur de mes ancêtres pour vous, Monsieur Sergei… Comment résister à la Tentation qu’offrent les merveilles de Saint-Pétersbourg? »

S’approchant de la fenêtre, Asami admira la vue de la ville embrasée par le coucher du soleil, se demandant vaguement de l’endroit d’où l’appelait son interlocuteur.

« Où dois-je vous retrouver? » s'enquit-il, curieux de connaître les lieux dont il ferait la visite.
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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Mer 3 Jan - 16:23

Le Russe ne pu s’empêcher de sourire en imaginant le bel homme de l’aéroport dans le luxe princier de la suite Rachmaninov mais entouré de coûteuses armes anciennes. Il avait longtemps possédé un katana d’une beauté incomparable, une pièce unique du XIVe siècle, une œuvre d’art comme toutes les armes forgées par le grand maître armurier Masamune. On pouvait dire qu’il y avait réellement eu une ère Masamune tout autant que l’ère Nambokucho à laquelle il avait vécu.
Malheureusement l’arme avait été détruite lors de l’explosion du yacht de ses parents.
Certes elle était assurée une somme colossale mais toucher l’argent de la prime ne ramènerait jamais l’arme et ce qu’elle représentait. Avec elle avait disparu ce à quoi Valerian tenait le plus au monde : ses parents.

Son visage à la beauté romantique se crispa juste un instant.

"Vous avez raison Asami-san, Saint-Petersbourg est une ville à laquelle il ne fait pas résister. Elle peut paraître froide et engluée dans ses traditions mais ce n’est qu’une apparence. Elle est comme ceux qui la peuplent, le feu y couve sous la glace. "

Il coinça le combiné du téléphone sans fil entre son épaule et sa joue , utilisant ses deux mains pour défaire la ceinture à boucle d’argent ciselée qui était plus là pour faire joli que pour empêcher de tomber un jean bien ajusté.

" J’aimerai vous dire que je me ferai un devoir de passer vous chercher à votre hôtel vers dix neuf heures trente mais je mentirai en disant cela… "

Il se débarrassa de son jean et de sa veste, se dirigeant vers la salle de bains dans une tenue on ne pouvait plus sexy. Une paire de chaussettes d’un blanc immaculé et sweat shirt aux couleurs de l’équipe de rugby des All Blacks.

" Ce sera un plaisir que de passer vous prendre. Si vous le permettez je vous attendrai dans la rue devant l’hôtel. Vous ne pourrez pas rater ma voiture, elle est petite, bruyante et noire mat…"

Il était trop connu du personnel de l’hôtel Astoria pour prendre le risque d’aller attendre le Japonais dans le lobby. Il y aurait bien quelqu’un pour le saluer en utilisant son vrai patronyme. Non que cela posa un réel problème que son identité fut révélée mais Valerian n’aimait guère faire l’étalage de sa toute relative célébrité dans cette ville.
De plus il cultivait la prise de risque minimum comme une seconde nature.

Mais il reconnaissait que la nuit passée avec le nouveau masseur du club avait aiguisé en lui le désir de mieux connaître les manières sexuelles en pratique chez les mâles asiatiques.
Pourtant il n'était pas un jeune homme que l'on pouvait qualifier de facile mais il n'y avait pas de mal à s'instruire, n'est ce pas...
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Ryuichi
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Lun 15 Jan - 4:00

Un rire amusé s’échappa de la gorge d’Asami à la description de Saint-Pétersbourg de son interlocuteur. Rien ne lui plaisait plus que les conversations à demi-mots, les insinuations sous le couvert de la politesse et les invites subtiles qui laissaient place à l’imagination. Il lui tardait déjà de connaître ce feu qui couvait sous la glace et nul doute que son ravissant interlocuteur se ferait un plaisir de le lui faire découvrir. Délaissant la fenêtre pour se diriger jusqu’à son lit où étaient étalés plusieurs complets, il déclara de sa voix satinée :

« Eh bien, Monsieur, je prendrai garde à ne pas m’y brûler… mais pour cela, il me faudra un guide avisé, désireux de ne pas perdre l’infortuné visiteur que je suis. Vous n’oseriez sans doute pas profiter de ma naïveté? »

Ses lèvres se retroussèrent dans un sourire sardonique à cette perspective du plus haut comique. Toute naïveté l’avait depuis longtemps abandonné et il savait qu’il lui était impossible de revenir en arrière à une époque où risquer sa vie ne faisait pas partie de son quotidien. Deux yeux ambrés se plissèrent, attristés. Il les chassa hors de son esprit, fronçant les sourcils en réalisant que même la compagnie de sa nouvelle connaissance n’arrivait à éloigner la présence de Fei… et avec Fei, sa propriété, son petit photographe, probablement soumis à des tortures sur lesquelles il ne souhaitait pas se pencher. Le Chinois était passé maître dans l’art d’infliger de délicieuses souffrances et Tabaka devait indubitablement en faire les frais à l’instant même. À cette perspective, son visage s’assombrit, sa main se resserrant imperceptiblement autour du combiné. La voix de l’éphèbe russe le ramena loin de ces préoccupantes réflexions.

" … vous prendre. Si vous le permettez je vous attendrai dans la rue devant l’hôtel. Vous ne pourrez pas rater ma voiture, elle est petite, bruyante et noire mat…"

Prenant un complet noir entre ses mains, il l’examina d’un air songeur pour ensuite remercier Valerian de ses attentions :

« Mais je vous le permets tout à fait, Monsieur Sergei, et vous permettrez encore plus si vous persistez à vous montrer aussi charmant avec moi. »

Un sourire à l’évocation de cheveux blonds éparpillés sur un oreiller, faisant momentanément disparaître ses soucis. Le détachement émotionnel avait toujours été son credo. Ressasser de mauvais souvenirs n’arriverait qu’à le faire hésiter lorsque viendrait le moment de frapper. Son opposant n’avait éprouvé aucun remord à appuyer sur la gâchette, ni à kidnapper son bien. C’en était donc fini des exceptions, il ne lui faudrait faire preuve d’aucune pitié.

« Dix-neuf heures trente tapantes et je suis à vous. Au plaisir de vous revoir, Monsieur. »

Jetant un coup d’œil à sa montre, le Japonais put constater qu’il disposait toujours de quelque temps pour se préparer à ce rendez-vous. Posant le costume sur lequel il avait jeté son dévolu contre le lit, il passa sans plus tarder à la salle de bain. La sensation de ses pieds contre le marbre froid envoya un frisson dans tout son corps. Il poussa un léger soupir alors qu’il se dévêtait pensivement, son esprit à vagabonder bien à l’est de sa suite de l’Astoria. L’eau ruisselant le long de son dos, son visage accueillant avec gratitude cette chaleur enveloppante, sa main assurée glissa tout au bas d’un ventre plat tandis qu’il se représentait une silhouette fine à la longue chevelure et aux yeux de chat.
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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Ven 19 Jan - 0:05

Le fait que le Japonnais l’ait invité et qu’il ait de suite accepté, même si c’était aller à l’encontre des bonnes mœurs que l’on attendait du dernier représentant mâle d’une illustre famille russe, ne le traumatisait pas vraiment.
Il était bien rare de rencontrer chez un homme une telle balance entre le charme le plus suave et une réelle beauté physique. Sans parler de la classe folle qu’il y avait dans ses mots et dans chacun de ses gestes.
De plus Valerian était du genre à bien savoir ce qu’il voulait et à ne pas laisser quoi ou qui que ce soit se mettre entre lui et ce qu’il voulait.

Il sourit de nouveau à l’évocation, amusante s’il en était, de la naïveté dont son interlocuteur se targuait.
Il aimait déjà le jeu subtil qui s’annonçait entre eux, avec ses non dits, ses allusions, ce chassé-croisé de mots à double sens.

"Soyez certain que ce plaisir est partagé Asami-San , à tout à l’heure donc ".

Il raccrocha en pensant.

*Et j’espère bien partager encore plus de plaisir avec vous Asami *

Il opta pour un pantalon de daim roux, d’une extrême souplesse qu’il compléta d’une élégante chemise moirée dans les mêmes tons, avec un laçage sur tout l’avant bras ainsi qu’au col et d’une paire de bottes cavalières.
Valerian aimait tout autant prendre du soin à s’habiller qu’il aimait qu’on le déshabille.

Il était un peu en avance devant l’Astoria mais prit à profit les minutes qu’il avait à tuer avant que le Japonais ne franchisse les portes de l’hôtel.
La vie et le hasard étaient de grands joueurs avec le destin des marionnettes qu’étaient les hommes .
S’il avait été en avance à l’aéroport pour accueillir les Kwan peut-être n’aurait il jamais bousculé cet homme séduisant et il aurait passé la soirée seul dans son luxueux jacuzzi en rêvant aux massages prodigués par le nouvel employé du club Kai.
C’était bien la première fois de sa vie qu’il était heureux d’avoir été en retard à un rendez-vous.

Il était certain qu’Asami-san était un homme plein de surprise et il était sur des charbons ardents à l’idée de le connaître un tout petit peu mieux.
Il avait réservé une table au Strada, un petit restaurant situé dans le quartier animé de la ville, très intime et qui servait de l’excellente cuisine locale.
Il en avait presque oublié la bombe qu’il avait placée dans la voiture d’Arbatov…Il se détendit derrière son volant.
Ce soir, c’était la trêve.

Baissant un peu la musique pour ne pas incommoder les oreilles de son futur passager Valerian sortit de sa voiture et s’assit sur le long capot noir, profitant du souffle frais du soir qui jouait dans ses cheveux.
Le capot était tiède et il se prit à imaginer quel usage il était possible de faire d’une telle surface, qui certes chutait un peu vers l’avant mais pas assez pour rendre la chose vraiment inconfortable ou même malaisée.
C’était une expérience qui méritait d’être tentée un jour ou l’autre.

Il cru voir la haute et sportive silhouette sortir de l'hôtel. Il se leva du capot de la Viper pour l'accueillir.
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Ryuichi
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Lun 22 Jan - 4:08

Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur un Asami, impeccablement vêtu, comme à son habitude. Cravate en soie et complet sombre, il n’aurait pu faillir à l’élégance classique des hommes d’affaires de son pays. Peut-être était-ce seulement la façon dont il usait de cette cravate en soie qui pouvait différer de la tradition japonaise… Il n’avait pas manqué de remarquer les coups d’œil appréciateurs de sa compagne, dont la robe de soirée laissait entrevoir des attributs sans pareils. Pas question cependant de poser un lapin à l’intriguant Valerian Sergei pour la première donzelle au décolleté plongeant venue. Ce genre d’oiseaux n’était pas rare dans les hôtels de grand luxe et les inviter à se percher sur son bras n’était pas une tâche trop laborieuse, ce qui n’était sans doute pas le cas du jeune russe qui respirait un parfum de mystère bien enivrant.

Traversant le hall de son pas régulier, il accorda des saluts courtois aux membres du personnel avec qu’il avait déjà pu lier connaissance. On ne déboursait rien à se montrer avenant et on obtenait assurément des services plus diligents par la suite. Un sourire lui monta aux lèvres à la pensée que son séjour ne serait pas dénué des plaisirs qu’il affectionnait. Bien sûr, il se trouvait avant tout en sol étranger pour conclure des alliances commerciales, une activité qui comportait quelques dangers dans ce pays depuis peu ouvert aux marchés internationaux. Le revolver discrètement glissé dans son complet en témoignait. S’il ne craignait pas réellement son guide, il n’était pas non assez inconscient pour se laisser entraîner dans des lieux inconnus sans aucune précaution. On lui avait enseigné très tôt que la confiance menait à la traîtrise, que la crédulité conduisait à la mort et qu’à sortir désarmé, on risquait de revenir les pieds devant.

Tel que convenu, le charmant jeune homme l’attendait devant l’hôtel, assis contre le capot de son bolide, qu’il identifia comme étant une Viper, petit joujou fort coûteux que s’offraient généralement les magnats en mal de vitesse et les héritiers dilapidant la fortune de leurs parents. Auquel de ces groupes appartenait Valerian Sergei, le yakuza comptait bien l’apprendre. Cela et bien d’autres choses encore, de ces choses qu’on ne révèle qu’une fois sous les draps… La tenue de son compagnon, complimentant agréablement sa silhouette élancée, ne faisait que renforcer ces résolutions et c’est avec un sourire amène que le Japonais se présenta devant le blond avec une inclination polie du buste. Sa voix veloutée s’éleva dans l’air frais alors que son regard s’attardait sur les traits fins de son interlocuteur :


« Il me tardait de vous revoir, Monsieur Sergei. »

Faisant mine de s’intéresser à la voiture, il se permit de faire glisser ses doigts contre la carrosserie rutilante dans un geste d’un naturel déconcertant et qui, appliqué à une surface différente, aurait pu se faire caresse.

« Bel engin, commenta-t-il, une lueur de malice dansant dans ses prunelles noires. Je ne suis pas un grand connaisseur, mais je sais reconnaître une pièce de qualité lorsque j’en ai une sous les yeux. Elle doit faire l’envie de plusieurs. Après tout, qui ne désirerait pas posséder pareil bien? »

Il se demanda un instant si son guide était de ceux qui préféraient donner toutes les indications et maintenir leur contrôle sur le volant comme sur leurs relations... Sûrement qu’avec un peu de bonne volonté, ils seraient en mesure de trouver terrain d’entente, car Asami endossait la plupart du temps ce rôle particulier et ne l’abandonnait qu’avec beaucoup de persuasion. Il balaya ces considérations sans vraiment d’importance, songeant avec philosophie que tout se déciderait en temps et lieux.

« Eh bien, où m’emmenez-vous en premier sur la voie du vice et de l’indignité? »
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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Jeu 25 Jan - 22:56

Le jeune Russe regarda avec intérêt la silhouette élégante et drappée de sombre de l’homme venu du pays où se levait le soleil. On ne pouvait que se satisfaire pleinement de cette prestance, de cette virilité féline empreinte d’une classe folle que l’on devinait même à cette distance. Il le regarda s’approcher, l’imprimant sur la rétine de ses prunelles grises.
Il espérait d’ores et déjà qu’il comptait rester quelques jours, voire une semaine à Saint Petersbourg.

Il leva son séant du capot de la Viper pour lui rendre fort courtoisement son salut sans ôter ses lunettes à verres fumés.
La sensualité que le Japonais mit dans le geste de parcourir la carrosserie de sa voiture ne le laissa pas de glace. C’était la première fois qu’il sentait monter en lui l’envie d’être à la place de son bolide.
La sensation était étrange.
Du coup il éluda totalement l’allusion à la possession de la Viper pour ne refaire surface qu’à la phrase suivante.

" Je ne suis pas homme à vous faire découvrir la voie du vice et de l’indignité le ventre vide Asami-san , ce serait manquer gravement à mon devoir d’hôte " dit il avec un sourire qui se prétendait d’une politesse désintéressée mais qui en réalité était bien loin d’être aussi honnête qu’il y paraissait. Il s’en vint ouvrir la portière passager, invitant d’un geste de la main le Japonais à prendre place dans le siège de cuir enveloppant à haut dossier.

" J’ai réservé une table dans un restaurant tenu pour servir, entre autres, le meilleur koulibiak de saumon de tout Saint Petersbourg. En général, il est de bon aloi de dîner à la vodka mais le Strada possède une cave tout à fait remarquable et un champagne légèrement rosé qui ne l’est pas moins. "

A dire vrai il avait pensé réserver tout le premier étage du restaurant afin de limiter les chances qu’un quidam le reconnaisse mais à la toute dernière minute il était revenu sur cette décision, pensant que son invité risquait de se sentir mal à l’aise.

En outre, une salle pleine de joyeux –et généralement bruyants – convives pouvait aussi être garante d’un certain anonymat.

Il songea avec un brin d’irritation que l’homme qu’il avait chargé d’en savoir plus sur le Japonais ne l’avait pas encore rappelé.
Qu’à cela ne tienne : il pourrait s’éclipser en tout début de repas comme s’il devait parler à la patronne du Strada et en profiter pour se rappeler au bon souvenir de son employé et avoir les informations demandées.

Il attendit que soninvité ai prit place dans la Viper pour refermer la porte sur lui et s'installer derrière le volant.
Les quelques 510 chevaux du bolide ronflèrent avec sobriété tandis qu'il se glissait avec facilité dans le traffic encore très dense.
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Ryuichi
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Sam 10 Fév - 20:21

Sans tout à fait le nier ni le mettre en évidence, Asami avait depuis longtemps passé le stade de simple amateur en matière de compagnie masculine. Secret de polichinelle, ses liaisons demeuraient sous le couvert d’amitiés ambiguës qu’il se plaisait à entretenir. Plus on spéculait sur des faits sans importance, moins on se préoccupait de ce qui importait réellement. Il ne suffisait parfois que de cultiver le mystère autour de son intimité pour détourner l’attention générale de ses activités illicites. Abandonner son attaché de presse en pâture aux tabloïds était amusant, mais surtout moins inquiétant que de devoir rendre des comptes à la police. Maître dans l’art de leurrer, il était tout aussi habile dans celui de séduire, ces deux disciplines étant presque indissociable l’une et l’autre.

De fait, son cadet semblait fasciné par ses gestes et, s’ils n’eussent été devant l’Astoria et si agir ainsi n’aurait été par trop prématuré, sans doute se serait-il permis de le tirer hors de sa rêverie à sa manière. Cependant, le Japonais n’était pas homme à se presser, en particulier dans ce type d’affaires. Comme tous les Orientaux, il était conscient que son existence, loin d’être linéaire, était parsemée d’évènements qui pouvaient abruptement changer le cours du temps. Bousculer le fil de ce rendez-vous aurait été une grave erreur et il préférait grandement cueillir le fruit une fois qu’il était mûr que de l’arracher sans cérémonie, au risque de lui faire perdre sa saveur. Posséder était certes gratifiant, mais que la dite possession se livre par elle-même l’était plus encore.

Galamment invité à prendre place dans la luxueuse voiture, il adressa un sourire reconnaissant à son interlocuteur, appréciant cette marque de politesse.


« Monsieur, vous avez su me mettre en appétit. Il me tarde déjà de goûter à ces délices que vous me promettez avec tant d’enthousiasme. »

Son regard se perdit sur les façades des palais tsaristes de l’avenue Nevsky avant d’en revenir à son point d’ancrage : le jeune homme à ses côtés. Leur périple s’annonçait d’ores et déjà passionnant, si son guide possédait un sens d’orientation aussi aiguisé en matière d’anatomie et de plaisir sous les draps. Bien sûr, outre ces divertissements épicuriens, le yakuza comptait bien augmenter ses connaissances sur la Russie, mais qui avait dit qu’apprendre était dénué de tout charme?

Force était de constater que les compatriotes de son charmant chauffeur ne pratiquaient pas la prudence au volant. Un virage particulièrement serré pour ne pas entrer en collision avec une Lada déglinguée l’obligea à crisper sa main contre l’accoudoir de cuir. S’il avait déjà eu droit à sa part de poursuites en voitures, il s’était également habitué au confort de sa limousine privée. Tournant la tête vers Valerian, il décida de poursuivre la conversation pour détourner son esprit de leur trajet mouvementé :


« Êtes-vous résidant de longue date de cette ville, Monsieur, puisque vous semblez en connaître les moindres recoins et les raccourcis les plus rapides, toutes ses meilleures adresses et leurs spécialités culinaires? »
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Valerian I. Sakhalin
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Lun 19 Fév - 15:42

Après avoir descendu et remonté les magnifiques artères de Saint Petersbourg afin que son passager puisse profiter de la richesse architecturale et historique de la ville, Valérian se dirigea vers un quartier qui était plus fréquenté par une faune bigarrée que par la frange richissime de la population.

Mais une faune jeune, excentrique et gentille à cette heure de la soirée.

« Je suis né ici Asami San, mes parents avant moi et leurs parents avant eux. Il est assez vrai de dire que cette ville n’a aucun secret pour moi. Je sais ses mystères, ce qu’elle cache aux yeux du profane, sa beauté mais aussi sa laideur… »

Car tout n'était pas que beauté à Saint Petersbourg.

Il gara la voiture dans l’un des nombreux parkings surveillés que comptait le quartier, non sans avoir, au préalable, glissé discrètement un billet dans la main du gardien.
Il sourit au Japonais.

« Je sais que votre pays réprouve ce genre de pratiques mais en Russie, même ici à Saint Petersbourg, les petits cadeaux entretiennent *l’amitié* » dit il sur un ton franchement détendu, attestant de la fréquence du geste.

Il descendit pour lui ouvrir la porte, en profitant au passage pour s’enivrer encore de l’odeur de sa peau quand son passager passa devant lui.

« Mais parlez moi de vous Asami » offrit il d’une voix musicale.
« Parlez moi de ce qui vous amène en notre ville, combien de temps vous comptez y demeurer ? Bien sur, à votre discrétion, loin de moi l’idée de me montrer indiscret, soyez en convaincu. »

Ils étaient tous deux au milieu d’une petite place, entourés d’une foule de passants qui virevoltaient autour d’eux et qui les rendaient totalement anonymes.

«Je me plais à espérer que vous serez des nôtres assez longtemps pour que nous puissions faire plus ample connaissance. «

C’était peut-être un peu direct mais la phrase avait pour elle sa spontanéité et sa sincérité. Deux qualités qui tendaient à se faire rares.

Ce regard noir le troublait, mais de la plus douce des façons. Il n’espérait rien d’autre que se laisser troubler, encore et encore.
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Ryuuichi Asami
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MessageSujet: Re: N'oubliez jamais...   Mar 20 Fév - 18:06

- Pour les raisons de ma visite... disons que j'envisage certains investissements dans la vie nocturne et festive de votre belle ville. Bien que je l'ai déjà visitée quelques fois par le passé, elle traverse une époque de changements et il m'a semblé avisé et agréable de revenir en prendre le pouls avant toute décision.

Il observa la foule animée autour d'eux, aimable et souriant, bien qu'on aurait eu encore quelque peine à discerner si c'était bien le signe d'un plaisir assez grand pour rompre l'impassibilité qu'on attribuait volontiers à ses compatriotes, ou la politesse de l'homme d'affaires habitué à traiter avec les Occidentaux.
Il en revint une nouvelle fois à son attrayant compagnon, qui ne dissimulait plus guère pour sa part un intérêt franc et entier.

- Je pensais rester une dizaine de jours, davantage qui sait, l'établissement de relations solides et durables ne doit pas se faire à la légère.

Un demi-sourire beaucoup moins innocent renaquit brièvement à l'offre d'une intimité plus ample et approfondie, faite sans vulgarité ni fausse honte mais avec un enthousiasme et un aplomb délicieux. Le jeune Russe savait ce qu'il désirait et venait le chercher, prince de ces terres qui devait peu avoir l'habitude qu'on ne lui cède pas en tout.
Même si étrangement les infomateurs du Nippon n'avaient pas encore cerné l'individu, un jeune homme aussi entreprenant et favorisé par Nature et Fortune ne pouvait qu'être une figure notoire de cette facette de la ville qui faisait -officiellement- l'objet de son voyage.

- Je n'imaginais cependant pas me retrouver entre les mains d'un guide aussi charmant et passionné, monsieur Sergei.

Les yeux noirs plongèrent dans ceux de son vis-à-vis, toujours aussi énigmatiques mais une certaine lueur d'amusement confirma au Russe s'il en était encore besoin que ses attentions étaient remarquées, et n'avaient rien pour lui déplaire.

- Ou puis-je vous appeler Valérian ?

L'offre avait été entendue, et non refusée, donnant le signal d'une danse dont la conclusion semblait connue et attendue des deux côtés, mais dont les pas restaient à découvrir. Après sa petite bousculade initiale pour forcer légèrement la main du destin, Asami ne demandait pas mieux que de les laisser à l'inventivité du plus jeune et à la promesse de surprises et de mystères faite par celui-ci un peu plus tôt.
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