
Love in the Finder
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Ryuichi Invité
 | Sujet: Stains on the Memory Dim 5 Nov - 19:21 | |
| Asami gratifia l’hôtesse de l’air d’un sourire éclatant, récoltant un gloussement typiquement féminin de sa part. Il replaça la mèche qui s’était échappée de sa coiffe avant de repousser gentiment la jeune femme, toujours hilare. Une fois debout, elle lissa son uniforme froissé, jetant des œillades amusées dans la direction de ce client décidément bien aventureux. Elle s’inclina devant lui à répétition, les joues en feu, pour ensuite se retirer d’un pas rendu incertain par l’émoi. Le yakuza la suivit des yeux jusqu’à ce qu’elle ait disparu derrière un rideau, probablement déjà en train de raconter à ses collègues comment Asami-san avait glissé… Un sourire retroussa lentement ses lèvres. Délicieuse, cette petite. Il savait très précisément ce qui l’avait charmé chez elle, assez pour qu’il joue un peu avec elle, comme un chat avec une pelote de laine. C’était ses yeux. Des yeux ambrés qui lui en avaient rappelé d’autres, plus envoûtants encore.
L’homme étira ses longues jambes devant lui, son regard s’attardant nonchalamment sur les sièges vides autour de lui. Il avait voulu voyager « incognito » en ne prenant pas son jet privé. Souhaitant tout de même de jouir d’un confort « minimal », il avait fait réserver toutes les places de la section First Class. Quand on s’appelait Ryuichi Asami, rien n’était trop cher ou trop extravagant… et lorsqu’on détenait la majorité des actions de la compagnie d’aviation, agir comme bon lui semblait était encore plus aisé.
Un mouvement trop rapide lorsqu’il voulut se saisir de son portable lui fit serrer les dents. Il crut voir danser devant ses yeux un regard moqueur, dissimulé par de longs cils noirs ourlant ses paupières et entendre à ses oreilles un rire discret, mais non moins railleur. Son médecin avait tenté de convaincre son impétueux patient de renoncer à tout « émotion » pour les prochains mois, mais le convalescent n’avait rien voulu entendre. Pas question que Ryuichi Asami demeure cloué au lit comme un vieil homme invalide, alors que Fei Long et ses acolytes poursuivaient leurs activités en toute impunité.
Son visage se crispa sous l’effet de la douleur qui irradiait de son épaule. Il inspira profondément, ne regrettant pas une seconde de ne pas avoir avalé les comprimés antidouleur que lui avait prescrit le chirurgien. Cette souffrance physique lui rappelait avec acuité la raison pour laquelle il se trouvait dans cet avion en direction de Saint-Pétersbourg. Il lui permettait de ne pas perdre de vue son but ultime : la chute de Fei Long Liu. De tous les exploits qu’il avait réalisés jusqu’alors, ce serait certainement son plus grandiose et il comptait bien être assis aux premières loges pour assister à la disgrâce de son meilleur ennemi, son jouet à ses pieds là où il aurait toujours dû demeurer.
Asami était un homme patient, lorsqu’il le fallait. Pour démanteler une organisation de l’ampleur de celle de son rival, il lui fallait de l’aide, tant dans le crime organisé que du côté de la loi. Il n’était cependant pas inquiet. Il parviendrait à ses fins, comme toujours, et administrerait lui-même le coup de grâce au Chinois pour lui faire payer ses affronts. Il lui sembla alors que le regard doré se fit triste et lourd de reproche… mais ce n’était qu’une ruse de plus.
Laissant sa tête reposer contre le dossier moelleux de son siège, il ferma les yeux, s’abandonnant aux souvenirs d’une nuit, il y a de ça des années… |
|  | | Ryuichi Invité
 | Sujet: Re: Stains on the Memory Mar 7 Nov - 4:18 | |
| Était-ce de l’amour? Par la suite, on aurait pu en douter, considérant ce qu’il avait pu lui faire subir… et pourtant, à cet instant précis, bien qu’il refusât toujours de l’admettre, il y avait bel et bien eu de l’amour.
Il arrivait à se souvenir de tout. Du plus petit gémissement à la saveur de la peau de Fei sous ses lèvres avides, la pureté de ce corps qui lui était offert, de cet abandon exquis et du désir qu’il avait ressenti alors... et ressentait toujours, feu dormant alimenté par la mémoire et par un sentiment ressemblant vaguement à de l’espoir.
Son regard s’assombrit alors qu’il s’efforçait de balayer les images si tentatrices du Chinois, tel que celui-ci avait été huit ans plus tôt, mais comme depuis huit longues années déjà, il ne réussit pas à repousser ces souvenirs aussi cruels que poignants. Mais le souhaitait-il vraiment, en vérité? Et comment aurait-il pu résister à la vue de cette tunique ouverte, découvrant un corps sublime, qu’aucun autre n’avait pu égaler.
Si cela n’avait été qu’une question de matière, de palpable, d’apparence, les choses auraient été beaucoup plus simples. Il aurait pu effacer de son esprit ces visions qui le poursuivaient, les ranger parmi les autres sans leur accorder plus d’attention. C’était malheureusement loin de n’être qu’une question de matière, de palpable, d’apparence. Bien entendu, la beauté de Fei était incomparable. Elle seule valait qu’on lui dévoue corps et âme, comme à une idole inatteignable, une figure digne d’avoir été sculptée par Dieu Lui-même, qui aurait voulu y insuffler toute la splendeur de la Terre.
Il y avait plus, plus que cette beauté époustouflante. Il y avait cette innocence oubliée, dans un univers féroce et brutal ; cette grâce jamais éclaboussée par le sang ou la mort ; cette finesse éthérée, qui l’élevait au-dessus du commun mortel et le rendait indifférent aux maux de ce bas monde. Il y avait cette force implacable unie à cette vulnérabilité à fleur de peau ; ce charme inconscient ; ce mystère dans ses grands yeux dorés. Il y avait l’élégance glacée de tout son être et la chaleur de cette peau qu’il avait pu explorer, lorsque les masques étaient tombés.
Il n’avait éprouvé aucune fierté, aucun sentiment de pouvoir ou de possession lorsqu’il l’avait pris dans ses bras pour la toute première fois. Fei n’était pas un trophée de chasse à ajouter à sa collection déjà bien garnie. Les baisers qu’ils avaient échangés n’avaient rien non plus d’une conquête ou d’une victoire. C’était d’ailleurs pourquoi il s’était arrêté. Par respect pour tant de beauté, pour ne pas prendre de force ce qu’on ne lui avait pas donné. Il aurait agi différemment avec n’importe qui d’autre. Pas avec Fei.
Ce n’était pas par manque de désir. Il avait voulu le jeune homme dès l’instant où il avait posé les yeux sur lui. Son ardeur ne s’était pas envolée, elle avait même cru avec les années qui s’étaient écoulées. Pourtant, il n’était pas allé plus loin. Peut-être parce que le temps passé auprès de Fei lui avait appris qu’il existait des choses plus précieuses encore que le plaisir, la vengeance ou l’ambition.
Était-ce de l’amour? Asami ne le savait pas plus qu’il ne l’avait su alors. C’est cependant un sourire aux lèvres qu’il héla la charmante hôtesse de l’air aux yeux ambrés qui lui en rappelaient d'autres, plus envoûtants encore. |
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